De Londres à Beverly Hills et New York, Michael Chow a fait de ses restaurants le rendez-vous des artistes, des cinéastes et des créateurs. Collectionneur, peintre et dandy aux costumes croisés sur mesure, il a transformé l’art de recevoir en spectacle.
« Mes restaurants sont des théâtres où l’on sert aussi à manger. »
N
ew York, au milieu des années 1980. Chez Mr Chow, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat et Keith Haring ont leurs habitudes. Les soirées s’éternisent et la démesure n’effraie personne. Pour un anniversaire de Haring, on débouchera 106 bouteilles de Cristal. Michael Chow a réussi à faire de son restaurant chinois l’une des cantines préférées du monde artistique new-yorkais.
À la fois restaurateur, collectionneur et personnage mondain, Michael Chow connaît les artistes bien avant qu’ils deviennent des légendes. Il achète leurs œuvres, les reçoit à sa table et échange parfois des repas contre des tableaux. Derrière cette réussite se cache un homme qui rêvait lui-même de devenir peintre et qui a trouvé dans ses restaurants une autre façon d’exprimer sa créativité.

Londres, 1968 : le premier Mr Chow
Né à Shanghai en 1939, fils d’une légende de l’opéra de Pékin, Michael Chow arrive en Angleterre à treize ans. Il étudie l’art, rêve de devenir peintre, fréquente David Hockney et les artistes du Swinging London, mais peine à se faire une place.
Le 14 février 1968, il ouvre son premier restaurant à Knightsbridge. L’endroit ne ressemble à aucun établissement chinois de l’époque. Des serveurs italiens, des couverts occidentaux, du mobilier Art déco et des œuvres contemporaines aux murs. Les Beatles et les Rolling Stones deviennent vite des habitués. Michael Chow veut donner à la cuisine chinoise les mêmes lettres de noblesse qu’aux grandes tables européennes, sans rien sacrifier au spectacle.

Beverly Hills, Tina Chow et les costumes Hermès
Beverly Hills suit en 1974, puis New York en 1979. Jack Nicholson et les stars d’Hollywood adoptent rapidement l’adresse californienne, tandis que New York attire toute une génération d’artistes, de musiciens et de créateurs.
Toujours tiré à quatre épingles, Michael Chow cultive une allure bien à lui. Costumes croisés sur mesure réalisés chez Hermès, revers généreux, couleurs parfois extravagantes, pochette blanche et lunettes rondes. Il pousse le raffinement jusqu’aux chaussettes Charvet et aux chaussures George Cleverley. Ses tenues semblent aussi soigneusement composées que les décors de ses restaurants.
Avec son épouse Tina, il forme l’un des couples les plus élégants de cette époque. Ancienne mannequin, silhouette androgyne, cheveux courts, Tina Chow porte Yves Saint Laurent comme Issey Miyake, collectionne les vêtements anciens et imagine ses propres bijoux. Photographiée par Andy Warhol, Helmut Newton ou Arthur Elgort, elle devient une figure du monde de la mode, bien au-delà des restaurants de son mari.

Un restaurant comme un théâtre
Chez Mr Chow, les artistes ne sont pas simplement des clients. Andy Warhol réalise le portrait du maître des lieux, tout comme Jean-Michel Basquiat. Keith Haring le représente sous la forme d’une crevette verte, clin d’œil à son plat préféré. Chow collectionne leurs œuvres, parfois échangées contre quelques repas.
Il connaît aussi les caprices de ses invités. Un soir, Groucho Marx réclame un hamburger. Plutôt que de lui imposer la carte chinoise, Chow en fait venir un de l’extérieur. L’important est que son invité passe une bonne soirée.
« Mes restaurants sont des théâtres où l’on sert aussi à manger », aime-t-il expliquer. Une définition qui résume son goût de la mise en scène et cette conviction que l’art de recevoir ne se limite pas à ce qui se trouve dans l’assiette.

Le retour du peintre
Pendant près de cinquante ans, Michael Chow laisse ses pinceaux de côté. Lorsqu’il retrouve enfin la peinture, sous la signature M, il réalise des œuvres abstraites, composées de pigments, de matières épaisses et de collages. Son travail est notamment présenté à Pékin, Shanghai et au musée Andy Warhol de Pittsburgh.
En 2023, HBO lui consacre un documentaire, aka Mr. Chow, retraçant cette étonnante trajectoire entre la Chine, l’Angleterre et les États-Unis.
Aujourd’hui âgé de 87 ans, Michael Chow continue de peindre, tandis que ses restaurants historiques de Londres, Beverly Hills et New York accueillent toujours des clients. Près de soixante ans après sa première ouverture, le spectacle continue.







