Piscine et cabanas du Beverly Hills Hotel à Los Angeles, avec palmiers, transats et décor rose et vert.

Il y a des hommes que l’on retient pour leurs films, leurs livres, leurs victoires ou leurs maisons. Irving V. Link, lui, est entré dans la légende pour une chaise longue, une cabana, quelques costumes d’été et une fidélité absolue au Beverly Hills Hotel.

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endant 42 ans, Irving V. Link a vécu une grande partie de ses journées au bord de la piscine du Beverly Hills Hotel. Il y arrivait tôt, saluait les mêmes visages, prenait son petit déjeuner au Polo Lounge, gagnait sa cabana, changeait de tenue, jouait au gin rummy, observait Hollywood et recommençait le lendemain.

Il ne savait pas nager. Ce détail pourrait suffire à en faire un personnage. Mais ce qui rend Irving V. Link intéressant, ce n’est pas l’excentricité. C’est la précision. La manière dont un homme peut transformer une routine en art de vivre, un hôtel en royaume personnel, et un costume d’été en discipline quotidienne.

Image vintage du Beverly Hills Hotel

Le dernier roi de la piscine

Irving V. Link ne savait pas nager.

Pendant 42 ans, de 1950 à 1992, il a pourtant régné sur la piscine du Beverly Hills Hotel comme d’autres règnent sur un club, une table, une loge ou un coin de bar. Chaque matin, à sept heures, il descendait de chez lui dans l’un de ses costumes d’été parfaitement coupés, entrait sous l’auvent vert et blanc de l’hôtel, prenait son petit déjeuner au Polo Lounge, puis saluait le barbier, le chemisier et les garçons de piscine avant de rejoindre sa chaise longue.

Il n’avait pas besoin de traverser le monde. Le monde venait à lui.

Le Beverly Hills Hotel n’était pas seulement un hôtel. C’était un théâtre rose et vert, une petite cour californienne où producteurs, actrices, avocats, hommes d’affaires et mythomanes de passage venaient chercher une chaise, un téléphone, une place au soleil.

Irving, lui, avait la sienne.

Intérieur du Polo Lounge au Beverly Hills Hotel, avec banquettes vertes, tables nappées et ambiance Old Hollywood.

Une routine comme une liturgie

Le matin, il portait un costume d’été léger. Au bord de la piscine, il passait par sa cabana. À midi, il se changeait pour déjeuner. L’après midi, il revenait souvent en resort wear pour sa partie de gin rummy.

Même au bord d’une piscine, il ne s’habillait jamais par hasard.

Ce n’était pas de la paresse. C’était une discipline. Une manière de composer sa journée comme d’autres composent une pièce, un tableau ou un dîner. Toujours les mêmes lieux, les mêmes gestes, les mêmes passages. Le Polo Lounge. L’escalier. Le couloir des boutiques. Les jacarandas. Les bougainvilliers. La chaise au soleil.

Dans une époque qui confond souvent mouvement et existence, Irving V. Link avait compris l’inverse. Le style commence parfois quand on cesse de courir partout.

Publicité vintage pour les Palm Beach suits, costumes d’été américains en tissu léger pour climats chauds.

Les trois costumes Palm Beach

Son élégance venait de loin.

Dans les années 30, alors qu’il traversait l’Amérique avec sa femme Nan pour vendre un petit gadget de bonne aventure appelé Fortunscope, Irving aperçoit dans une vitrine trois costumes Palm Beach. Des costumes d’été américains, légers, faits pour les climats chauds. L’un était crème, l’autre blanc, le troisième bleu marine.

Il achète les trois. Dix huit dollars pièce.

Puis il résume la suite d’une phrase : “I’ve tried never to be badly dressed since.”

Depuis ce jour, il avait essayé de ne plus jamais être mal habillé. La formule est simple, presque drôle, mais elle dit beaucoup. Chez Irving V. Link, le vêtement n’était pas un déguisement mondain. C’était une tenue au sens ancien du terme. Une façon de se tenir.

Le style d’un homme sans œuvre officielle

Irving V. Link n’était ni acteur, ni producteur, ni grand couturier, ni architecte. Il n’a pas laissé un film, une maison, une collection ou un manifeste. Il a laissé autre chose. Une silhouette. Une table. Une cabana. Une manière d’apparaître chaque matin exactement à sa place.

Adam Gopnik, qui lui consacre un portrait dans The New Yorker en 1993, le décrit comme l’un des hommes les mieux habillés de son âge. Le détail d’une de ses tenues suffit à comprendre le personnage : costume bleu marine à fines rayures soulignées d’or, cravate en soie peinte, chemise à petits carreaux rouges et col blanc, gilet en cachemire crème, pochette assortie, boutons de manchette monogrammés.

Il y a là quelque chose d’un autre monde. Pas forcément plus élégant que le nôtre, mais plus tenu. Plus cérémonieux. Plus conscient de la valeur des lieux, des horaires et des apparitions.

Liasses de tissus légers pour costume d’été, en écho à l’élégance d’Irving V. Link au Beverly Hills Hotel.

Une place au soleil

On trouve peu de photos d’Irving V. Link. Peut être parce que son vrai portrait n’était pas son visage, mais son décor. Sa chaise longue. Sa cabana. Sa table au Polo Lounge. Ses costumes d’été. Sa politesse. Sa manière d’admirer sincèrement le costume d’un autre homme avant même de lui serrer la main.

C’est peut être cela, au fond, qui rend cette histoire si touchante. Irving V. Link n’a pas inventé une silhouette pour les photographes. Il a construit une vie à sa mesure. Une vie répétée, réglée, parfaitement située.

Le Beverly Hills Hotel a fini par fermer pour travaux, en décembre 1992. Son royaume a été suspendu. Mais l’image reste. Un homme âgé, bronzé, impeccablement habillé, qui ne savait pas nager, et qui avait pourtant trouvé, mieux que personne, sa place au bord de la piscine.

Chez Cadot, nous aimons les vêtements qui ne cherchent pas seulement à habiller une silhouette, mais à accompagner une manière de vivre. Un costume d’été, une veste légère ou une pièce sur mesure doivent trouver leur place dans vos journées avec la même évidence.

Et l’hôtel devrait revivre bientôt…

Texte inspiré du portrait d’Irving V. Link par Adam Gopnik, publié dans The New Yorker en 1993. L’article précise la période 1950 à 1992, la routine quotidienne au Beverly Hills Hotel, les changements de tenue, l’anecdote des trois costumes Palm Beach et la citation originale “I’ve tried never to be badly dressed since.” L’illustration est signée Jean Philippe Delhomme pour The New Yorker.

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