Arrivé à Verbier au début des années 70, Marko Shapiro n’a pas documenté le ski.
Il l’a vécu. Photographe pionnier du freeski, il a fixé une époque où la montagne était un terrain de liberté, de rigueur et de camaraderie. Un regard de l’intérieur, construit dans le froid, le temps long et l’usage réel.

D'

un côté, la montagne réelle. Le froid, le silence, le poids du matériel, le temps long.
De l’autre, une génération qui skie sans chercher la performance ni l’image.

Au début des années 70, à Verbier, Marko Shapiro ne documente pas un sport. Il accompagne une manière de vivre. Et c’est précisément ce qui rend ses images intemporelles.

Verbier, 1970. Un hiver qui ne s’arrête plus

Avant Verbier, il y a Toronto. Les années 60. Un premier reflex, une chambre noire bricolée, le noir et blanc appris lentement. Pas de projet de carrière, pas de plan. Juste le goût de la lumière et du temps long.

Quand il arrive à Verbier à l’hiver 1970-71, Shapiro n’est pas encore “photographe de ski”. Il est simplement là. Avec son boîtier, sa doudoune, ses skis, et cette envie viscérale de vivre la montagne plutôt que de la regarder.

Il rejoint une bande de mordus. John Falkiner, Dominique Perret, Daniel Mermoud. Ils ne parlent ni de chrono ni de podium. Ils skient hors piste, improvisent des lignes, attendent la bonne neige. Sans le savoir, ils posent les bases d’un autre rapport au ski : plus libre, plus brut, plus incarné.

Photographier de l’intérieur

Shapiro photographie, bien sûr. Mais surtout, il accompagne. Il skie autant qu’il shoote. Il attend. Il observe. Il refuse la mise en scène.
Ses images ne montrent pas des exploits. Elles montrent ce que le ski fait aux hommes.

C’est en 1974 que les choses basculent naturellement. Pascal Burri, propriétaire du Fer à Cheval, lui demande de réaliser quelques images pour Authier Ski. La carrière commence ainsi. Sans rupture. Parce qu’il est déjà là, depuis le début.

Reconnaissance sans posture

La suite est connue. Proclamé « Godfather of Ski Photography » par Powder Magazine. « Master of Light » par Sno Magazine. Récompensé par le Ski Club of Great Britain. Interviewé par la BBC dans Year of the Mountains.

Mais jamais Shapiro ne change de posture. Il n’a pas cherché à imposer un style. Il a laissé la montagne parler.

Son œuvre, riche de plus de quarante ans d’archives, traverse les saisons, les paysages, les visages, sans jamais céder à l’effet.

La montagne le jour, la liberté la nuit

Ce que l’on sait moins, c’est que la vie de Shapiro ne s’arrêtait pas au dernier virage skié.
À Verbier, dans les années 70, on skiait le jour. La nuit appartenait à une autre liberté.

Shapiro fut aussi DJ, notamment au Farm Club. Pas par posture, mais par goût du partage. La musique, comme la montagne, était un espace commun. On retrouvait les mêmes visages, les mêmes corps fatigués, la même énergie brute.
On skiait le jour. On dansait la nuit. Sans cloison.

Cette double vie irrigue ses images. Elles sont vivantes parce qu’il l’était.
Comme il le dira plus tard :

“It wasn’t about being famous. It was about being there.”

Être là. Vraiment.

Une élégance de fond

Son style vestimentaire raconte la même histoire. Des vêtements faits pour durer dans l’environnement qu’il côtoie.

Pas de logos. Pas d’esbroufe. Juste l’essentiel.

Et c’est peut-être cela, l’élégance hivernale : avoir les vêtements qu’il faut pour la vie que l’on mène. Des vêtements qui protègent, encaissent, accompagnent.

À presque 80 ans, Marko Shapiro incarne encore cette idée rare : faire les choses bien, longtemps, sans chercher la reconnaissance immédiate.

Panier

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