Couvertures de la série This Is de Miroslav Sasek

Chez Miroslav Sasek, une ville n’est jamais un décor figé. C’est une scène en mouvement, habitée par des automobiles, des quais, des foules, des silhouettes et des vêtements qui tombent juste. Son œuvre dit une chose simple et précieuse : le style d’une ville tient aussi à la manière dont on l’habite.

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iroslav Sasek fait partie de ces artistes que l’on aime d’abord par instinct. Chez lui, tout semble léger, presque simple. Et pourtant, tout tient. Les lignes, les proportions, les couleurs, les rythmes. Un dessin de Sasek donne immédiatement envie d’entrer dans l’image, comme on entre dans une ville inconnue avec l’impression qu’elle va nous aller.

C’est sans doute ce qui rend son œuvre si actuelle. Bien avant que les villes deviennent des objets de communication, il savait déjà leur donner une allure. Paris, Londres, Rome ou New York n’étaient pas seulement des destinations. Sous son trait, elles devenaient des façons d’être, de marcher, de regarder, de se déplacer. En un mot, des styles.

ue urbaine de New York illustrée par Miroslav Sasek avec Macy’s et circulation

Un architecte qui a appris à regarder.

Formé à l’architecture, né à Prague en 1916, Miroslav Sasek n’a jamais regardé une ville comme un simple empilement de monuments. Il en lisait la structure, les perspectives, les lignes de force, les rythmes. Cela se voit immédiatement dans ses dessins. Les façades ne sont jamais là pour faire joli. Elles organisent l’espace. Les avenues ouvrent le mouvement. Les quais, les stations, les trottoirs et les vitrines composent un théâtre urbain où tout semble à la fois précis et vivant.

Sa grande force est d’avoir mis cette rigueur au service d’une forme de grâce. Rien de scolaire chez lui. Rien de froid non plus. Son regard d’architecte ne fige pas la ville, il lui donne au contraire une respiration.

Bien avant Monocle.

Bien avant Monocle, il savait déjà dessiner une ville de façon à donner envie d’y aller. Pas pour cocher des adresses, mais pour sentir une ambiance, une circulation, une manière d’habiter le monde. Sa série This Is… n’apprenait pas seulement à reconnaître une capitale ou un monument. Elle apprenait à regarder. Une façade, un taxi, un quai, une file d’attente, une silhouette dans le métro.

C’était de la culture générale, bien sûr, mais de la culture générale rendue désirable. Le monde n’y était pas résumé, il y était rendu accessible avec esprit. C’est sans doute pour cela que ses livres tiennent encore aussi bien aujourd’hui.

Couple à moto dessiné par Miroslav Sasek dans un mouvement stylisé

Ce qui frappe aussi chez Sasek

C’est que rien n’est jamais immobile. Ses villes sont traversées d’automobiles, de trains, de passants, de bagages, d’attentes et de départs. On y sent la mobilité moderne, non comme une agitation, mais comme une forme d’élan. Le mouvement n’est pas un effet. C’est la condition même de l’allure.

C’est d’ailleurs ce qui le relie si naturellement à l’esprit CADOT. Le style n’est jamais une pose. Il apparaît dans une manière de marcher, de monter dans une voiture, de lire debout dans un wagon, de tenir son manteau en avançant. Chez Sasek, les villes ont du style parce que les gens qui les traversent en ont aussi.

Silhouettes masculines élégantes dessinées par Miroslav Sasek avec proportions allongées

Des corps stylisés

Ses personnages ne sont jamais de simples figurants chargés d’animer une scène. Ils existent vraiment. Ils attendent, avancent, observent, traversent. Et surtout, ils sont habillés juste. La coupe des vêtements est étonnamment précise. Un manteau tombe bien. Une veste tend la silhouette. Un pantalon accompagne le mouvement sans le casser.

Les corps sont stylisés, bien sûr, mais jamais gratuitement. Tout semble tenu, proportionné, presque tendu parfois, au bon sens du terme, comme une ligne qui ne s’effondre jamais. Cela rappelle cette qualité très particulière que l’on retrouve souvent chez certains illustrateurs japonais, capables de dessiner un vêtement sur un corps en mouvement sans perdre ni la structure ni l’élan.

Personnages élégants en mouvement dessinés par Miroslav Sasek parmi des pigeons

Au fond, Sasek ne dessinait pas seulement des capitales. Il dessinait leur énergie, leur mobilité et leur élégance implicite. Il rappelait une chose simple, devenue rare : l’élégance n’est jamais immobile.

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